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Amiante: 180 000 morts sans responsables ni coupables?  

Groupes d'études12/12/18

Au bout de 22 ans de procédure, la chambre criminelle de la Cour de cassation a confirmé, mardi 11 décembre, l\'annulation des mises en examen pour « homicides et blessures involontaires » de huit responsables nationaux dans les dossiers du scandale sanitaire l\'amiante du Comité anti-amiante du campus universitaire parisien de Jussieu, et dans celui des chantiers navals de la Normed de Dunkerque adossé à l\'Association régionale des victimes de l\'amiante du Nord-Pas-de-Calais (Ardeva 59-62).
Les pourvois formés par ces deux associations de victimes ainsi que celui du Syndicat général de l\'éducation nationale-CFDT (SGEN-CFDT), également partie civile dans ce dossier ont donc été rejetés.
 
On peut donc légitimement penser qu'entre 130 000 et 180 000 personnes vont mourir dans notre pays, essentiellement des ouvriers, des ouvrières, des employé(e)s de l'industrie, est que ce sera la faute à "pas de chance ?" Probablement le plus grand scandale sanitaire et de santé publique s'achemine, après plus de deux décennies de bataille juridique vers un abandon des poursuites.
 
Je sais parfaitement que la Cour de cassation se prononce sur le respect des procédures et non sur le fond des dossiers. Mais peut-on se mettre un instant à la place des victimes et de leurs familles. Elles qui entendent la Justice, devant tant de souffrance et de vies brisées, parlant "au nom du peuple français", leur dire que finalement, il faut rentrer chez soi, y mourir en silence, prendre les indemnités, qu'il n'y a pas de responsable donc pas de coupable? A la douleur et l'angoisse que je connais bien pour avoir soigné les victimes pendant plus de trente ans, s'ajoute, l'abandon, la solitude et la colère.
 
Trois mille morts par an, c'est à peine moins que les victimes d'accidents de la route. L'amiante c'est un accident à bas bruit, dont en réalité plus personne ne veut entendre parler. Un accident permanent qui dérange, socialement circonscrit au monde du travail et ouvrier, ce monde dont on aime qu'il se taise et qu'il se contente de ce qu'on veut bien lui donner. Il n'est pas de tradition que je commente les décisions de Justice, mais aujourd'hui je suis vraiment en colère.
 
Je sais que le combat va se poursuivre, encore et toujours. Jusqu'à l'épuisement. Mais je sais également que ces hommes, ces femmes, ces familles, se battent avec une dignité remarquable et que c'est un honneur pour moi d'être à leurs côtés.
 

Christian HUTIN
Député du Nord
Président du groupe d'études "Amiante" de l'Assemblée nationale