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Gilets jaunes, quand de nombreux Français disent "ça suffit!" parce qu'ils n'en peuvent plus.

MRC27/11/18

Il est surprenant de constater à quel point beaucoup s'alarment sur l'ampleur que pourrait prendre le mouvement des "gilets jaunes" depuis que des centaines de milliers de Français se sont mis à occuper le pavé, les ronds-points, les zones commerciales ou encore les péages d'autoroutes. La République serait en danger, les libertés publiques menacées, le fascisme à nos portes et les "heures les plus sombres de notre histoire" sur le retour. Certes, les images de violence sur les Champs Elysées, si elles peuvent paraître choquantes et déservir ce mouvement, illustrent-elles ce qu'il est dans sa profondeur?

Il faut d'abord entendre les immenses souffrances auxquelles nos concitoyens sont confrontés. Depuis plus de trente ans, la désindustrialisation du pays ainsi que la concentration des richesses au sein des métropoles ne sont pas restées sans conséquence.

La main de fer des marchés, la financiarisation de l'économie, l'exigence d'une rentabilité accrue du capital pour nourrir les actionnaires, l'impossibilité de jouer sur la valeur de la monnaie (nous n'avons plus le contrôle de l'euro) et son taux de change, la priorité budgétaire absolue de répondre aux critère de Maastricht, ont radicalement transformé le rapport de force avec le monde du travail, directement confronté à la concurrence mondiale.
Désormais, ce sont les salaires et les services publics qui sont nos principales variables d'ajustement afin de tenter de rétablir notre "compétitivité."

Le monde du travail (qui paye un lourd tribu au chômage de masse), les salariés, les artisans, les petites entreprises, les fonctionnaires (d'Etat, hospitaliers, territoriaux), les retraités sont en premières lignes alors que dans le même temps, l'essentiel des richesses produites est captée par une minorité qui détient les capacités d'investissements, c'est à dire les capitaux. Cette accentuation des inégalité est ressentie aujourd'hui avec violence et cette violence longtemps contenue s'exprime aujourd'hui.Une étude récente de l'INSEE montre à quel point ce système produit des effets redoutables, le pouvoir d'achat des Français a baissé de 440 euros depuis 2008.

A cette difficulté à vivre dignement qui vient de loin et dont les responsabilités sont à rechercher au cœur des politiques d'austérité budgétaires, la question (qui est une vraie question) du réchauffement climatique est convoquée tel un impératif moral catégorique concernant aujourd'hui la condamnation du diesel en particulier et la motorisation en général afin de "sauver la planète."

Mais peut-on un peu creuser l'affaire. Ce discours accusateur, culpabilisant s'adresse principalement à qui? Tout d'abord aux plus modestes d'entre-nous et qui n'auront, en aucun cas, les moyens financiers de faire face à ce qu'on exige d'eux, se déplacer "proprement." Ils ne pourront donc plus se déplacer, eux!

Faut-il rappeler que la France ne produit (toutes productions confondues) que 1% des gaz à effet de serre au niveau mondial (notamment grâce au nucléaire), autrement dit notre impact collectif est quasiment nul. Il n'empêche, le populo, le monde du travail se voit pointer du doigt et il est sommé de cesser de consommer du fioul de l'essence ou du diesel. Il doit changer de voiture, il doit changer de chaudière, il doit isoler sa maison où son appartement, il doit prendre les transports en commun (quand il y en a)...

Celles et ceux qui n'ont que leur travail (quand ils en ont) ne supportent plus tout cela. On a exigé d'eux d'abandonner le désir de "vivre et travailler au pays", qu'il fallait "s'adapter", les familles ont éclaté parce que la mondialisation néolibérale le voulait, on leur à dit que la désindustrialisation était inévitable afin de réaliser la nouvelle révolution économique et financière. On leur a fait croire que la nouvelle Europe serait l'Eldorado du plein emploi et des hauts salaires...Cahin-caha, le bon peuple a tout accepté, même le refus de son vote du 29 mai 2005.

L'importance du soutien dont bénéficient les Gilets jaunes dans l'opinion publique illustre parfaitement ce "ras le bol" d'une grande partie des Français, il y a eu tromperie sur la marchandise. Voilà près de 40 ans qu'on leur a vendu un projet de société dans lequel il ne se retrouvent pas mais dont ils disent de plus en plus qu'il n'est pas fait pour eux, voire qu'il est fait contre eux. Alors forcément, aujourd'hui, ça tangue! Si les politiques publiques liées à la lutte contre le changement climatiques restent arrimées à l'austérité, il ne faut surtout pas demander à celles et ceux qui gagnent 900 euros de se sentir concernés.

Claude NICOLET
Premier secrétaire du MRC Nord