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Lactalis : face-à-face tendu entre le PDG Emmanuel Besnier et les parlementaires

Commission d'enquête08/06/18

Article Le Parisien

Le PDG du groupe Lactalis était convoqué devant la commission d\'enquête parlementaire sur l\'affaire des laits pour bébés contaminés.

Pour un homme qui préfère être invisible, ce rendez-vous s\'annonçait une épreuve. Les parlementaires, qui avaient beaucoup de questions à poser à Emmanuel Besnier, PDG de Lactalis, dans le cadre de la commission sur le lait infantile contaminé aux salmonelles, n\'ont pas ménagé leur interlocuteur, alternant entre colère et grandes leçons.

« Je renouvelle mes excuses auprès des familles des bébés malades, de celles qui se sont inquiétées », a tenté Emmanuel Besnier, 47 ans, en début d\'audition, ce jeudi matin. « Nous avons failli à notre mission, nous n\'aurons jamais assez de mots pour nous excuser », a-t-il assuré.

« Il ne s\'agit absolument pas d\'une fraude. Nous n\'avions pas connaissance de présence de salmonelle dans nos produits », a-t-il ensuite plaidé. Mais la commission n\'a pas supporté ces réponses, d\'autant, ont rappelé les parlementaires, que Lactalis avait tenté fin avril d\'interrompre les travaux de la commission, arguant de l\'existence simultanée d\'une enquête judiciaire.

 

« Allez-vous continuer avec vos conseils à essayer de torpiller cette commission ? », a lancé le président de la commission, Christian Hutin (gauche), en rappelant que dans cette commission « nul n\'a intérêt à porter préjudice à ce groupe, nous souhaitons au contraire restaurer la confiance des consommateurs ».

« En tant qu\'humain, dites-nous les réponses »

Richard Ramos, député MoDem du Loiret, s\'est violemment emporté : « Je ne peux pas vous laisser nous faire croire que vous avez de la compassion pour les victimes alors que vous ne les avez pas reçues. […] N\'importe quel chef d\'entreprise aurait été voir les victimes », a-t-il tancé, reprochant ses « belles phrases » d\'excuses à Besnier. « Ce qui est insupportable également, a-t-il ajouté, (ce sont ces) notes faites par des juristes et des communicants, qui ne répondent quasiment pas aux questions directes du rapporteur et du président. Droit dans les yeux, dites-nous, pas froidement, mais en tant qu\'humain, dites-nous les réponses », a-t-il martelé.

Ce à quoi le patron du géant laitier, qui emploie 75 000 salariés dans le monde, s\'est défendu : « nous n\'avons pas pu les rencontrer car nous sommes dans une procédure judiciaire ». Il a ajouté que « le groupe Lactalis était différent de l\'image qu\'on veut lui attribuer », expliquant qu\'il assumait le caractère de discrétion de l\'entreprise « car c\'est lié à ma personnalité ». « Certains veulent transformer cette discrétion en opacité, c\'est une erreur ». « Chaque fois qu\'il vous était possible de vous défiler d\'un certain nombre de questions du gouvernement, vous le faisiez », a reproché Boris Vallaud, rappelant les mauvaises relations entre le groupe Lactalis et Stéphane Le Fol, ministre de l\'Agriculture de 2012 à 2017.

Le PDG s\'interroge sur une « défaillance » du labo

Sur la contamination des laits infantiles, « c\'est un accident, il n\'y a pas de responsabilité, de personne, à l\'intérieur de l\'usine », a ensuite bredouillé le PDG. Il a dit « se poser des questions » sur la possible « défaillance » du laboratoire auprès duquel Lactalis sous-traitait ses analyses.

 

« On a été avertis de la possible contamination de bébés le 1er décembre, on a dès le 2 décembre fait procéder au retrait […], on a lancé toute une batterie de tests et d\'analyses pour comprendre ce qu\'il se passait, et le 8 décembre on avait préconisé un nouveau retrait. La DGCCRF a voulu le faire par arrêté ministériel et lors de cet échange nous a annoncé qu\'ils allaient faire un retrait le 10 décembre. Mais tout a été réalisé très vite. « Il n\'y a pas eu de bébé malade à partir du 2 décembre », « tout a été contenu ».

Fin 2017, 38 nourrissons ont été atteints de salmonellose après avoir bu un lait infantile produit par Lactalis dans son usine de Craon (Mayenne). Certains ont développé des infections graves et leur rétablissement est un dur chemin pour eux et leurs parents.